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Etablissement de santé de Chantenay - 1880 - 1984 : Tour à tour dispensaire, hôpital, sanatorium en 1909...

 Nantes - Chantenay - Tour à tour dispensaire, hôpital, sanatorium, maternité, unité de pneumologie, salle de radiologie… puis pôle régional de chirurgie thoracique,  le 35 rue Paul Bert  abrite jusque dans les années 1980 l’hôpital Laënnec.
 
Chantenay, voisine de Nantes mais longtemps indépendante, n'a eu jusqu'au début du siècle qu'un embryon d'hôpital : un petit dispensaire de huit lits institué vers 1880 par un abbé charitable, l'abbé Laurent, pour y accueillir les miséreux.
En 1885, il peut accueillir entre 25 et 30 personnes par trimestre ; il est alors appelé l'hospice de Grillaud. Deux médecins du Bureau de Bienfaisance, les Drs Plantard et Périer, sont chargés du service médical dès avril 1885.
Consciente de son insuffisance, la commune acquiert en 1887 un terrain pour créer un nouvel établissement auquel les pouvoirs publics n'accordent d'abord que le statut de dispensaire géré par le Bureau de Bienfaisance. Madame Veuve Jac­quillon, demeurant à Nantes, propose moyennant la somme de 35.000 francs, une propriété sise au Petit St-Joseph, d'une contenance de dix-sept mille mètres carrés. Des plans sont établis par Monsieur Chenantais, architecte de la commune. L'inauguration du dispensaire a lieu officiellement le 7 Décembre 1890, elle est sans faste à l'exemple de la modestie de l'établissement. Les bâtiments existants comprennent : une maison d'habitation composée de 8 pièces affectées au personnel et aux services administratifs ; une salle d'opération portant le nom de pavillon "Pasteur" qui s'affirmera comme un centre d'opérations de premier ordre.
En 1893, est construit au sud de la salle d'opérations, un pavillon isolé dit "Pavillon  des Pensionnaires" pour les blessés et les opérés. En 1895 et 1897 est  édifiée, pour pallier l'absence de séchoir et l'insuffisance du bassin servant au lavage du linge, une série de bâtiments le long de l'actuelle rue Paul-Bert, et renfermant une buanderie, un séchoir, une salle de pliage et une conciergerie.
En 1897, est élevé, au nord de la salle d'opérations, un pavillon destiné à recevoir les malades contagieux. La nature même de sa destination le fait reléguer à 57 mètres du pavillon le plus proche.
Il est à noter que durant les années 1896 et 1897, il a été réalisé 310 opérations dont 60 de haute chirurgie.
En 1903, sort de terre le Pavillon D, réservé en premier lieu aux femmes atteintes de tuberculose puis transformé en maternité.
Le dispensaire fonctionne parfaitement et acquiert même une solide réputation tant et si bien que le statut d’hôpital est sollicité auprès de l’Administration supérieure dès 1900.
De 10 000 habitants en 1850, Chantenay en compte 20 000 en 1902 ; en quelques décennies, la commune est passée de village à ville, une ville attractive avec une forte composition ouvrière.
 
Inauguration de l'Hôpital de Chantenay  le 4 septembre 1904, beaucoup plus fastueuse que celle du dispensaire en 1890
De 1904 à 1908, le dispen­saire de Chantenay, devenu hôpital continue son évolution : un cabinet de consultation gratuit pour les indigents, création de salles de consultation dans les sous-sols de la maternité, une salle d'opération réaménagée,  des douches. L’équipe médicale se compose alors de quatre médecins, un pharmacien, deux infirmiers, quatre infirmières ; équipe complétée par six sœurs hospitalières, un coiffeur, deux cuisiniers, un concierge, et plusieurs commis - jardiniers qui assument le bon fonctionnement de l'établissement.
 
En 1908, Chantenay est annexée par la ville de Nantes et son hôpital rattaché à l'administration des hôpitaux de Nantes qui le transforme rapidement en sanatorium antituberculeux, sous l'impulsion d'Alexis Ricordeau (qui succèdera à Hippolyte Pallu au centre marin de Pen Bron) et le baptise du nom de Laënnec.
La date du 1er Janvier 1909 est retenue pour le début des nouvelles activités du Sanatorium.  Le service médical est assuré par le Dr Bécigneul, médecin en chef des hôpitaux, secondé par un interne et deux externes, avec la collaboration d'infirmières et de religieuses de la Congrégation des Filles de la Sagesse de Saint­ Laurent sur Sèvre, en Vendée.
Les consultations et les opérations de haute chirurgie sont transférées à l'Hôtel Dieu, demeure la salle de pansement du  pavillon " Pasteur " au regard de la fréquence des accidents du travail dans ce désormais quartier de Nantes, ex-commune de Chantenay, commune à vocation industrielle.
A défaut de popularité auprès des habitants de Chantenay, le sanatorium connait immédiatement un franc succès auprès des tuberculeux, et, écrit le Docteur Becigneul dans un article  de  la  Gazette  Médicale  de Juin 1909 "... L'adminis­tration  des hospices a conçu le projet de construire de nouveaux pavillons pour  porter à  200 le nombre de lits. On doit construire bientôt des pavillons de  "cure d'air".
A l‟hôpital-sanatorium de Chantenay, les lits sont disposés de façon à recevoir de la fenêtre un éclairage latéral.
 

Extrait de l'article L’Assistance publique et la Bienfaisance privée à Nantes, Sanatorium de Chantenay, Ouest-Eclair, 15 janvier 1925, P 4

"La partie consacrée à l'Assistance Publique,  par M. Baumie se termine par un chapitre concernant le sanatorium de tuberculeux de Chantenay. "II a été organisé, nous dit M. Baumie, pour recevoir des tuberculeux des deux sexes, dont le séjour à l'Hôtel-Dieu ne fait qu’encombrer les salles sans amélioration pour la santé des malades."
Le sanatorium de Chantenay contient actuellement 116 lits dont 30 pour hommes, 36 pour femmes et 50 pour enfants.
Les prix des journées sont les suivantes : Pensionnaires dans un cabinet un lit. 17, 19, 22fr. ; Journées du malade à la charge de la commune 12 fr, journée du malade à leur compte ou au compte de leur famille, pour Nantes 12fr50, en dehors de Nantes, 13fr."

M. Baumie est secrétaire général du Bureau de Bienfaisance de Nantes

 

En 1926, des salles de l'Hôtel-Dieu sont encore spécialement affectées aux malades de la tuberculose, et les 116 lits du sanatorium sont loin d'être suffisant. Pour remédier à la situation, l'Administration des Hospices fera édifier, sur des terrains disponibles de l'hôpital de Chantenay, un nouveau pavillon. Cette construction permettra d'hospitaliser les tuberculeux traités jusqu'à ce jour à l'Hôtel-Dieu et de grouper en un établissement spécial tous les malades atteints de la même affection.
La majorité des lits est réservée aux malades de l’Assistance médicale gratuite ; il est reçu cependant quelques malades payants en salle commune au prix de 13fr par jour, et il existe six lits de pensionnaires à 18fr par jour, plus les honoraires médicaux.

Dans les années 30, la pression est telle qu'il est nécessaire d’augmenter la capacité en nombre de lits comme ce qui suit : Ces 850 lits comprenaient le doublement de la capacité de l'hôpital-sanatorium de Chantenay, soit 400 lits, la création d’un sanatorium départemental de 200 lits, les 220 lits prévus au sanatorium de Savenay et les 30 lits obtenus par conventions dans d’autres départements. Réf. Préfecture de la Loire-Inférieure, séance du 4 nov. 1931, Hospices des tuberculeux

Dans les années 1950, la tuberculose ayant beaucoup régressée grâce aux antibiotiques, les cures classiques deviennent inutiles. Profitant de la compétence acquise par les médecins en pneumologie et de l'arrivée des chirurgiens de grande valeur, l'activité de l'hôpital s'oriente vers la chirurgie pulmonaire, puis la chirurgie cardiaque. Le Professeur Eugène Cornet y réalise une des premières opérations à cœur ouvert en 1959. L'hôpital Laënnec devient ainsi un pôle régional de la chirurgie thoracique.

Cet hôpital ferme ses portes le 16 janvier 1984 pour cause de vétusté. Ses services sont transférés dans le nouvel hôpital Nord Laënnec qui ouvre à Saint-Herblain en 1984.

Plusieurs bâtiments sont détruits laissant place à la construction de logements sociaux. La vie du quartier en est bouleversée. Certains habitants ont en effet travaillé à l’hôpital, d’autres ont noué des relations avec le personnel. Seuls une partie du parc et le Pavillon D sont préservés. Il faut attendre 1989 pour que l’Udaf 44 (Union départementale des Associations familiales de Loire-Atlantique) se porte acquéreur du pavillon D pour en faire son siège social. 

Sources
  • L'Essentiel, Magazine d'information de l'Union départementale des Associations familiales de Loire-Atlantique (Udaf 44), Les 70 ans de l'Udaf, juillet 2015
  • Les Annales de Nantes et du Pays Nantais, Revue de la Société Académique de Nantes et de Loire-Atlantique, "Chantenay, hier et aujourd'hui", 1982, P 19 à 23
  • Création d'une crèche à l'Hôlel-Dieu  et d'un pavillon au sanatorium de Chantenay, Ouest-Eclair,  30 mars 1926, P 4
  • L'Armement antituberculeux français (2e éd.) / Introduction de MM. Léon Bernard et G. Poix. 1926
  • L’Assistance publique et la Bienfaisance privée à Nantes, sanatorium de Chantenay, Ouest-Eclair, 15 janvier 1925, P 4

 

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